Bayer-Monsanto : L’alchimie

 

Dès que l’annonce fut rendue publique, les journaux du monde entier se sont affolés. Le monde de la Fusion/Acquisition entra en ébullition quand on annonça le chiffre historique de 66 Milliards de dollars.
Cette alchimie entre l’américain Monsanto (le plus grand fabricant de pesticides et de graines au monde) racheté par le géant allemand du domaine pharmaceutique, Bayer, n’a laissé personne indifférent. Penchons-nous sur ce phénomène, que certains surnomment déjà « le mariage des affreux » :

La Fusion, une bataille verte :

Depuis le mois de Mai, et pendant 4 longs mois, les négociations des termes de la fusion ont été rudes. L’ampleur d’un tel rachat a inévitablement causé une bataille complexe en tractations entre les deux parties. Au début, la direction de Monsanto a rejeté l’offre allemande jugée « inadéquate », et cela après une première amélioration de prix. Un refus initial qui ne découragea pas M. Baumann. (PDG de Bayer). Ainsi, après avoir proposé 122 dollars par action Monsanto, puis 125 dollars, le patron de Bayer a une nouvelle fois surenchéri, le 6 septembre, en proposant d’acheter le groupe américain pour 127,50 dollars par titre. Le dernier prix sera finalement de 128 dollars par titre, soit 5% plus cher que la proposition de Bayer effectuée en Mai avec, en prime, une plus-value de 44 % par rapport au prix du titre en bourse avant le début des négociations.

A cet effet, le grand public pourrait se demander pourquoi une telle agressivité dans ce processus de rachat, nous y répondrons par la suite.

Tout d’abord, Monsanto n’est pas une société en forme. Les revenus et capitaux subissent une chute libre suite au plongeon des prix des matières premières agricoles. On constate donc une baisse des revenus des agriculteurs qui vont amoindrir leur portefeuille de dépenses en engrais, OGM et pesticides. Par ailleurs, la hausse du dollar n’a fait qu’aggraver la situation en renchérissant ses produits, comme en Amérique latine (soit son plus gros secteur d’exportation à l’étranger). Par conséquent, le groupe ferme des sites et réduit de 16% ses effectifs globaux d’ici 2018 (soit 3600 emplois sur 20000). En 2014 et 2015, le leader mondial des semences a tenté plusieurs fois d’avaler son concurrent suisse Syngenta mais, faute de moyens, y a renoncé. Cependant, une vague de fusions s’abat en agrochimie : Sygenta fut racheté en février par le chinois ChemChina, voulant devenir le champion mondial des pesticides à son tour. Par ailleurs, d’autres géants de l’agrochimie veulent concentrer leur pouvoir, et eux aussi se concentrer dans ce secteur, c’est la fusion des compatriotes : DuPont et Dow Chemicals. Le résultat est que Monsanto se trouvait au plus mal, et n’a eu guère le choix que de répondre aux sirènes de Bayer.

(Source Libération)
(Source Libération)

Baumann, justifie ainsi le rapprochement avec Monsanto : «  il faut nourrir une population mondiale en plein boom démographique » mais pour Peter Spengler, analyste chez DZ Bank (source Libération), c’est surtout pour Bayer « Une chance, qui n’arrive qu’une fois dans sa vie, de dominer le marché agricole mondial » avec plus de 23 milliards d’euros de ventes combinées.

Quelles conséquences directes pour le consommateur ?

Dans un secteur à consolidation rapide, déjà dominé par de nombreux groupes comme vu précédemment, cette fusion à 66 Milliards de Dollars présente selon certains experts, des impacts négatifs pour les agriculteurs et l’industrie. Ainsi, les agriculteurs du monde entier se sentent déjà menacés par ce « deal » qui est synonyme pour eux d’augmentation des prix des semences et des engrais. En réponse à ce manque de confiance, le groupe de Leverkusen a affirmé encore son engagement auprès des régulateurs de marché en s’engageant à verser 2 Milliards de Dollars au groupe Monsanto si la fusion venait à échouer, signe de sa confiance à obtenir la bénédiction des différents acteurs de l’agrochimie.

Cela n’a pas suffit à calmer les ardeurs des experts, nous pouvons citer Robert Lawrence, professeur à la John Hopkins School of Medicine et directeur-fondateur « Center for a Liveable Future » (source Marketwatch) qui dira par la suite : « La consolidation et l’évincement des petits compétiteurs, le contrôle du marché, et l’augmentation des prix des semances et pesticides pour les agriculteurs sera un réel choc alimentaire ».

Les suspicions publiques autour de Monsanto ne cessent de s’amplifier, de nombreux reportages et études démontrent que cette compagnie américaine ne joue pas dans l’intérêt de ses clients mais pour les siens avant tout. Il est trop tôt pour tirer des pronostics sur les directives données par Mr Werner Baumann sur son business plan prévu pour Monsanto, mais l’innovation restera la clé de son développement. Certains responsables du groupe Bayer se confient au site « MarketWatch » en disant : « Nous avons fait le vœu de la transparence et du dialogue ouvert, et c’est pour cela que la gérance des deux sociétés se fera de manière combinée. Nous sommes convaincus que nous pouvons soulever des questions de manière critiques ». Toutefois, Bayer n’est pas non plus à l’abri des critiques, sachant qu’en 2013, le groupe fera scandale en vendant des insecticides tuant les abeilles, un insecticide banni cette année-là par l’Union Européenne.

(Source Business Insider)
(Source Business Insider)

A cet égard, certains experts affirment que le Département de Justice Américain (US Departement of Justice) pourrait réviser l’accord de fusion de Bayer-Monsanto comme il a été fait lors de la fusion des deux compatriotes Dow Chemical Co. et Dupont. D’ailleurs selon, Patty Lovera, Directrice-assistante de l’association à but non lucratif « Food and Water Watch », le Département de Justice devrait absolument se pencher sur le deal car selon elle « le pouvoir politique va de pair avec le pouvoir économique ». Il est évident que suite à la vague de fusions qu’a connu le secteur de l’agrochimie, les groupes autour de la table ne feront que grandir, et cela nuira à l’image que rayonnera le marché.

Une fusion en marche ?

L’essence même du projet d’alchimie Bayer-Monsanto est motivée par l’augmentation des budgets de recherche et développements. Les sociétés d’Agrobusiness essaient actuellement de modifier génétiquement des graines, afin d’en créer certaines résistantes aux changements climatiques (milieux arides ou humides). Un groupe comme Bayer/Monsanto se trouvera dans l’obligation à la fois de soigner et de nourrir une grande partie de notre planète. D’ici 2050, on prédit une population mondiale de 9 milliards de personnes, l’espace agricole sera ainsi fortement réduit, et les pouvoirs se concentreront sur les plus grands de ce secteur. À travers cet optique d’avenir, Monsanto a ainsi déboursé plus d’un Milliard de dollars en 2013 pour acheter « The Climate Corporation » fondé par des anciens de Google, une société spécialisée dans l’analyse ultra-localisée du risque agricole et la vente de polices d’assurance associées. Ce rachat permettra à Monsanto de cibler la distribution de ses « paquets complets », qui sont des articles combinés de semences, pesticides et engrais fournis en gros aux agriculteurs. Avec un tel ‘paquet complet’, l’agriculteur sera totalement sous la dépendance d’une seule entreprise, s’accordent à dire les associations d’experts.

(Source Bidness Etc)
(Source Bidness Etc)

En conclusion, La concurrence dans l’agrochimie ne se résume qu’à un seul terme : « brevet », car le géant qui en détiendra le plus, pourra dominer le marché en proposant une panoplie agricole complète au client, l’agriculteur pourra ainsi s’approvisionner auprès d’une seule entreprise : la dépendance active se fera ressentir dans les prix. Bayer/Monsanto nourrit le rêve d’un monopole, conduit de la graine à nos assiettes !

Sociétés d'agrochimie

Sources : Le Monde, Libération, MarketWatch, DenverPost, Fortune, Business Insider

 

Jalil Moussa

 

%d bloggers like this:
Skip to toolbar