Comprendre l’implication de la hausse des taux d’intérêts directeurs de la FED

Le Federal Reserve Systèm, ou « FED » pour les intimes: cette institution impénétrable qui fait la pluie et le beau temps de la finance. On en parle beaucoup, mais on la connaît mal.

Tout d’abord, il n’y a pas la FED, mais plutôt « les » FEDs. En effet, il existe la FED nationale et les FEDs régionales. Réparties à travers plusieurs états, ces dernières sont au nombre de 12. L’administration de la FED nationale est appelé le FOMC : Federal Open Market Committe. Celui-ci est composé de 7 membres du board of governers, nommé par l’administration du président, et de 12 représentants des FED régionales, mais dont seulement 5 ont le droit de vote. Son étanchéité par rapport au système bancaire privé n’est pas totale. En effet, toute banque commerciale autorisée à exercer en dehors d’un seul état est obligatoirement membre de la réserve fédérale régionale présente dans l’état de son siège. Chacune de ces banques commerciales détiennent des parts dans leur FED régionale respective, ce qui fait qu’elles élisent une partie de leurs membres.

Les objectifs du système de réserve fédérale ne se limitent pas nécessairement à réguler l’inflation et à assurer la stabilité des taux d’intérêts, mais aussi  renforcer le statut des Etats-Unis au sein de l’économie mondiale, ou encore assurer le taux de chômage le plus faible possible et stimuler la croissance économique – ce qui n’est pas inscrit dans les statuts de la BCE (Banque Centrale Européenne).

Depuis jeudi dernier, les marchés étaient grandement soulagés d’apprendre que la FED ne réévaluerait pas à la hausse ses taux. La preuve en est leur nette reprise suite à l’annonce.

 

Mais comment se fait-il que cette décision soit aussi cruciale ?

Tout d’abord, pour les pays émergents : beaucoup d’entre eux ont dernièrement déprécié leur monnaie afin de rendre leurs exportations plus compétitives aux yeux des investisseurs étrangers. Entraînant ainsi une perte de pouvoir d’achat des populations locales concernant les biens importés. Dans l’éventualité où la FED réévaluait ses taux directeurs, cela reviendrait en gros à emprunter du dollar pour plus cher. Le problème étant que dans beaucoup de pays émergents, la plupart des investissements sont libellés en dollars, ainsi risqueraient-ils de ne plus être rentables. Les coûts de l’emprunt supérieurs aux gains, les projets seraient par conséquent abandonnés. Pour des pays en voie de développement fortement dépendants des investissements étrangers, à commencer par la Chine, le scénario de fuites de capitaux est impensable.

Le second effet de massue viendrait du fait que si les taux d’intérêts directeurs augmentaient, les investisseurs préféreraient acheter de cette de devise, plus rémunératrice que d’autres projets d’investissements.

Les populations mises à mal par leur baisse de pouvoir d’achat, la baisse de croissance dû à la fuite de capitaux : celles-ci sont les raisons qui poussent le FMI à exhorter la FED de ne pas changer sa politique.

Mais aux yeux de la FED, c’est avant tout les intérêts des États-Unis qui priment. Et c’est là que réside la subtilité du problème. Pour certains, il faut profiter de la bonne conjoncture économique actuelle pour augmenter les taux directeurs. Les chiffres parlent d’eux même : les États-Unis poursuivent leur 7ème année consécutive de croissance, atteignant 3,7 % au deuxième trimestre de 2015. Le taux de chômage lui aussi affiche de bonnes performances : 5,1% dans le courant de 2015. Les États-Unis ayant le vent en poupe, le moment est le mieux le choisi pour amorcer une hausse des taux d’intérêts. Cette hausse aurait pour effet d’amener un début de stabilisation de la croissance. Car jusqu’à maintenant, les taux sont restés inchangés depuis la crise de 2008, ils sont toujours de l’ordre de : 0,25 % ; Ce qui est extrêmement faible : les taux normaux oscillants entre 2 et 4%. Ceci signifie que le refinancement – la demande de monnaie – des banques entre elles, ou auprès de la banque centrale a un coût dérisoire. Cette politique accommodante était propice au sortir du marasme de la crise. Toutefois, aujourd’hui, le contexte n’est plus le même. Ainsi, la croissance étant à priori revenue, des taux trop faibles sont susceptibles de déclencher des endettements ou des prises de positions sur les marchés bien trop risqués, pouvant potentiellement créer des phénomènes de panique. Ainsi, la hausse des taux d’intérêt permettrait d’éviter à nouveau une surchauffe de l’économie, comme celle des subprimes en 2008, sans toutefois freiner sa croissance, puisque celle-ci semble s’être amorcée. Repousser la date d’échéance de changement de politique revient donc à aggraver ses conséquences. C’est en tout cas le point de vue de ceux qu’on appelle les « faucons de la FED », partisans d’une politique qui se verrait progressivement moins accommodante.

A l’inverse, se trouve le camp des « colombes », plus laxistes, qui ne souhaitent pour le moment rien changer, faisant office de prudence. Selon ces derniers, les signes de reprise économique sont encore trop faibles et un changement de politique serait malvenu car précoce. Leur point-de-vue n’est pas dénué de tout fondement. Tout d’abord, la baisse du taux de croissance du PIB, due aux grèves paralysant les ports de la côte ouest, et la baisse des prix du pétrole, plombant les projets devenus non rentables, projettent donc la croissance du PIB à 2,5% d’après le FMI, au lieu de 3,5% initialement.

Ensuite, l’appréciation continue du dollar se poursuit. Pénalisant ainsi les exportations américaines. Sachant que celles-ci représentent environ 14 % du PIB américain, c’est un facteur non négligeable ; affaiblir encore plus l’économie américaine au moyen d’une hausse des taux d’intérêt n’améliorerait pas la chose : comme dit plus haut, le dollar serait vu comme plus rémunérateur et serait par conséquent d’autant plus prisé par les investisseurs, favorisant encore plus l’effet d’appréciation. S’en suit l’effet revers de cette appréciation : les biens importés deviennent moins chers, augmentant ainsi la consommation et la propension à consommer des ménages, stimulant ainsi la demande, et la production des entreprises, et le marché du travail. Théoriquement, ce devrait être l’inflation qui accompagne la hausse de ces indicateurs. Mais il n’en est rien. Celle-ci table autour des 0,2%. Or la FED a fait la promesse d’augmenter ses taux directeurs à partir du moment où elle dépasserait la barre des 2%. Ainsi, pourquoi se priver de ces hausses, sans qu’elles soient accompagnées d’inflation ? Car ce que redoutent le plus les banques centrales, c’est l’inflation qui accompagne la croissance et la baisse du taux de chômage. Or, actuellement, ce n’est pas le cas ; en dehors d’une possible panique sur les marchés financiers, les autres indicateurs macroéconomiques n’indiquent aucun autre danger. Ce sont sans doute ces motivations, qui ont motivé dernièrement le FOMC à maintenir les taux d’intérêts fixes à 0,25%.

On peut donc conclure que le dilemme entre augmentation ou pas des taux d’intérêts, relève d’une opposition des visions structurelles et conjoncturelles du développement de l’économie américaine. Certains soutenant qu’une panique est possible à tout moment, d’autres que le risque qu’elle se produise est bien trop faible pour se priver d’une croissance sans inflation.

 

Joachim Bösch

 

SOURCES:

http://www.federalreserve.gov/monetarypolicy/files/fomcminutes20150917.pdf

http://www.letemps.ch/economie/2015/08/20/pays-emergents-laissent-filer-leurs-devises-rester-competitifs

http://www.usinflationcalculator.com/inflation/historical-inflation-rates/

http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NE.EXP.GNFS.ZS

http://www.bilan.ch/argent-finances/fed-se-prepare-a-une-reunion-cruciale-taux

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/2015/09/16/29002-20150916ARTFIG00010-tout-comprendre-sur-la-possible-hausse-des-taux-de-la-fed.php

http://www.economist.com/blogs/freeexchange/2015/09/global-economic-growth

http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-06-04/fed-urged-by-imf-to-postpone-rate-liftoff-to-first-half-of-2016

http://fr.tradingeconomics.com/united-states/inflation-cpi

http://fr.global-rates.com/taux-de-interets/banques-centrales/banque-centrale-americaine/taux-de-fed.aspx

http://thecyberdaily.com/wp-content/uploads/2014/06/Federal-Funds-Rate-1954-to-20009.png

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