Énergie Nucléaire : déclin ou rebond ?

Énergie Nucléaire : déclin ou rebond ?

Obninsk (URSS), 27 Juin 1954 : la première centrale nucléaire pour la production d’énergie entre en service et amorce ainsi le début d’une grande aventure énergétique qui connaitra un succès fulgurant mais qui pâtira également d’incidents et d’accidents qui porteront atteintes à son image.

Le débat est lancé après l’accident de Tchernobyl en 1986 mais il n’a pas mis fin à l’exploitation de cette énergie qui offre une alternative intéressante face à d’autres dans le secteur de l’électricité mais est-elle toujours aussi intéressante et bon marché sur les bourses d’électricité ?

Le débat sur la sureté du nucléaire est relancé avec Fukushima (2011) qui rappelle au monde le danger potentiel de cette énergie mais va-t-on pour autant renoncer à cette énergie encore amenée à se développer ? De nombreuses entreprises ont misés sur celle-ci et certains gouvernements peineraient à se passer de cette énergie qui dans le cas d’un abandon pourrait accroitre une dépendance vis-à-vis de pays tiers.

Les Suisses s’apprêtent à voter sur une sortie anticipée du nucléaire le 27 Novembre prochain et les Allemands le feront en 2022 tandis que Londres vient d’accepter la construction d’une centrale nucléaire à Hinkley et que les Chinois sont en train de construire une dizaine de réacteurs nucléaires pour 2018 afin de porter leur parc nucléaire civile à 49 réacteurs nucléaires. Des réactions en somme bien différentes mais qui sont le fait d’un développement rapide pour certains et dans d’autres cas de politiques intérieures favorables pour des raisons économiques, voir politiques.

Tout ceci nous amène à nous intéresser au secteur de l’énergie et à son évolution actuelle notamment dans le cadre des votations populaires du 27 Novembre qui se dérouleront prochainement en suisse.

Un parc nucléaire vieillissant : Un surcout inattendu qui pèse dans le résultat.

Un nombre important de centrales nucléaires Européennes ont été construites autour des années 80 jusqu’à ce que quelques pays imposent un moratoire sur la construction de nouvelles centrales, la Suisse par votation populaire en 1990 par exemple.
La France dispose d’un grand parc nucléaire qui vieillit comme bien d’autres en Europe et qui risque de poser problème à l’avenir. Ainsi, une étude de la cour de comptes Française datée du 31 Janvier 2012 prévoyait déjà une augmentation d’au moins 10% du cout de production et ce principalement à cause des couts de maintenance. Le problème réside dans la durée de vie des centrales qui est estimée à 40 ans et dont on ne sait pas si une prolongation à 60 ans est possible selon les dires d’ Yves Marignac, directeur de Wise-Paris, une agence d’information spécialisée dans le plutonium
Toujours est-il qu’une prolongation va nécessiter des investissements massifs pour EDF qui doit déjà s’occuper du sauvetage d’Areva – entreprise active dans le secteur nucléaire – qui est en mauvaise posture financière ainsi que la construction de deux centrales au Royaume-Uni avec la Coopération de China General Nuclear (CGN) et China National Nuclear Corporation (CNNC).

De plus, le démantèlement des centrales existantes risques de faire gonfler la facture d’EDF dont le cours en bourse ne peut qu’être qualifié de décevant. En effet, le cours actuel ne dépasse pas 11 Euros alors qu’il était de 32 Euros lors de son entrée en bourse.

http://www.boursier.com/actions/graphiques/edf-FR0010242511,FR.html
Source : boursier.com : prix des actions EDF.

Un secteur d’autant plus en difficulté que les cours de l’électricité se sont effondrés du fait de la surproduction en Europe. La EEX, la bourse Européenne de l’énergie, affiche une baisse générale du prix de l’électricité depuis quelques années déjà comme le montre le tableau suivant :

Quarter Average Price (EUR/MWh)
Q3 2016 28.26
Q2 2016 24.79
Q1 2016 25.17
Q4 2015 33.19
Q3 2015 32.84
Q2 2015 28.35
Q1 2015 32.10
Q4 2014 34.82
Q3 2014 31.50
Q2 2014 31.24
Q1 2014 33.50
Q4 2013 37.54
Q3 2013 38.76
Q2 2013 32.60
Q1 2013 42.27

EPR Flamanville

Source : eex.com, KWK index.
En Suisse, Beznau I et II sont les plus vieillies centrales Suisses et sont détenues par Axpo SA qui affiche une baisse de son chiffre d’affaires notamment à cause de la baisse des prix et du vieillissement toujours plus important des centrales Suisses.

Accident nucléaire : quel en serait le cout ?

Le 26 Septembre 2016, Le Conseil fédéral a estimé le coût d’un accident nucléaire à près de 40 milliards de Francs en tenant compte des « leçons » apprises de l’accident de Fukushima.

D’ailleurs quel est le cout de l’accident nucléaire de Fukushima ? les frais s’élèveraient à près de 6200 milliards de yens (59 milliards de CHF) pour l’indemnisation des entreprises et des personnes de la région touchées.

Il faut ajouter à cela les coûts d’assainissement et de démantèlement de Fukushima qui s’élèvent à 5700 milliards de yens soit environ 54 milliards de CHF. L’arrêt de toutes les centrales nucléaires au Japon a de fait augmenté la production des autres énergies, thermiques notamment, ce qui entraina une forte augmentation du prix de l’électricité impactant également les personnes et les autres sociétés au Japon. Ces coûts indirects ne sont pas à prendre à la légère et quel que soit l’estimation gouvernementale d’un accident.

La France, qui détient le plus grand parc européen de centrales nucléaires, a estimé son coût à plus de 400 milliards d’Euros par l’institut de sureté nucléaire en cas d’accident majeur. Notons que ceci est « une moyenne » et que la variation peut être de -60% (171mia) ou de…+ 60% (939 milliards).

cout accident nucleaire

Source: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/02/07/20002-20130207ARTFIG00435-un-accident-nucleaire-majeur-couterait-400-milliards-d-euros.php

Note : le coût d’image se réfère à l’impact dans d’autres secteurs économiques qui subiraient des couts indirects comme l’exportation de fruits ou légumes n’étant pas du tout dans la région touchée mais qui souffriraient d’un coût d’image.

Face à ces dangers potentiels, de nombreux états ont décidés de renforcer leurs dispositifs de sécurité comme le Japon qui réorganise toutes ses centrales pour les rendre plus sures.

L’inspection fédérale de la sureté nucléaire (IFSN, Suisse) déclare que les centrales remplissent toutes les mesures de sécurité, qu’elle prend toutes les dispositions afin de garantir la sécurité des centrales et que, par conséquent, tout est « sous contrôle » alors qu’une étude de l’association « sortir du nucléaire » dit tout son contraire en affirmant qu’elles sont dangereuses. Mais qui a raison ?

Une situation qui est similaire en France, où les autorités et EDF tentent de maintenir au mieux les centrales d’où la récente décision de procéder à l’arrêt de 5 centrales afin d’effectuer des vérifications. Cependant, de nombreuses communautés transfrontalières s’inquiètent depuis des années et ont lancés des procès civils pour fermer les centrales mais qui ont toutes été rejetées. Le seul procès ayant abouti étant celui de Genève, au pénal, qui amena à la fermeture de la centrale de Creys-Malville (Isère) en 1999.

Prix en baisse : mais qui fait concurrence au nucléaire ?

Les prix de l’électricité ont fortement baissé si l’on se réfère au graphique du KWK index mais le changement de cap énergétique décidé par la Suisse a des impacts sur les sociétés actives dans le secteur énergétique tel qu’Axpo SA qui doit trouver des alternatives au nucléaire et investir de fortes sommes pour s’adapter en misant sur le renouvelable ou sur des centrales thermiques (charbon, gaz ou pétrole) en Suisse ou encore par importation afin de garantir l’approvisionnement en énergie.

Nous en déduisons par conséquent que le coût de sortie du nucléaire peut être élevé et peut impacter toute société active dans le secteur de l’énergie nucléaire tel qu’Areva ou EDF qui ne sont déjà pas dans une situation très favorables mais qui peineraient à investir immédiatement pour sortir la France du nucléaire. Dans un contexte socio-économique encore compliqué, il serait malvenu de mettre en péril plus de 125’000 emplois directs.

Soit, mais qu’est ce qui a entrainé une telle baisse des prix ?

Comme dit précédemment, il y a une baisse des prix qui est en réalité la résultante d’une offre excédentaire.

Cette baisse de prix, décidée en réaction à la catastrophe de Fukushima, provient des efforts intenses du gouvernement allemand pour soutenir la croissance des énergies renouvelables tel que l’éolien ou le photovoltaïque. L’abondance soudaine d’énergie combinée à la réactivation des centrales à charbon plus abordables que celles à gaz ont fait baissés les prix de l’électricité en Europe. De fait, les entreprises actives dans le nucléaire ne peuvent pas jouer sur les couts « fixes » qui sont souvent élevés ainsi que les éventuels surcouts dus à leur entretien voire leur démantèlement ce qui pose problème aux entreprises actives en Europe.

De même, les barrages suisses ne peuvent pas jouer sur les investissements dits « non amortissables » car les investissements dans le secteur sont difficilement amortissables. Cela explique notamment les récents déboires économiques d’Alpiq dans le domaine.

Seule une augmentation de la demande -et donc des prix- peut améliorer (et sauver dans le cas de l’hydraulique suisse) la situation financière de ces sociétés. La situation financière est économique de l’Europe durant ces dernières années n’a pas contribué à augmenter les prix par ailleurs.

En conclusion, l’accident nucléaire de Fukushima nous a rappelé quels étaient les dangers du nucléaire amenant le gouvernement allemand à renoncer au nucléaire. L’injection massive d’aides pour le renouvelable à fait baisser les prix et péjoré la situation de certaines sociétés en Europe continentale qui attend toujours une reprise de croissance et de consommation pour sortir de cette impasse. Cela ne signifie pas pour autant que le nucléaire est en train de mourir, bien au contraire, car de nombreuses centrales sont en construction à travers le monde afin de pouvoir subvenir aux besoins des populations. A titre d’exemple, la croissance Chinoise, bien que ralentie, est énergivore et se régale d’énergies renouvelables…mais aussi de nucléaire !

Une centrale nucléaire en construction à Taishan, dans la province de Guangdong, en Chine.

Une centrale nucléaire en construction à Taishan, dans la province de Guangdong, en Chine

Sources : parlement.ch, swissquote magazine, europa.eu, eex.com, courrierinternational, lefigaro.fr, challenges.fr, letemps.ch, cite-sciences.fr, huffingtonpost, francetvinfo.fr,areva.com

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