Investir en Afrique

Entre guerre civile, famine, pauvreté et corruption, le continent africain semble à première vue être un champs miné pour qui envisagerait d’y investir son argent.

Mais comme toute bonne région en développement qui se respecte, il existe divers aspects qu’il ne faudrait pas s’empresser d’ignorer, masqués par un environnement médiatique omniprésent quand il s’agit de dramatiser dans la course à l’audimat.

Portrait d’un continent méconnu regorgeant d’opportunités.

Cap sur l’Afrique subsaharienne

Dans une approche économique, il est primordial de distinguer l’Afrique du Nord de l’Afrique subsaharienne. «C’est en effet cette dernière qui offre un important potentiel de croissance et de développement dans ce continent», constate Fabio Sofia, responsable des relations avec les investisseurs chez Symbiotics. Basée à Genève, la société est spécialisée en microfinance, et plus particulièrement dans l’octroi de crédits à des organismes bancaires.

Depuis 2010, elle a déjà accordé plus de 200millions de dollars de prêts qui ont permis de financer 200000 micro et petites entreprises dans 17 pays africains avec un crédit moyen de 1000 dollars. 

La banque, le secteur porteur

C’est d’ailleurs dans le secteur de la finance, et surtout de la bancarisation, que sont les opportunités. «Trois quarts de la population d’Afrique subsaharienne n’a pas accès aux services bancaires usuels, confirme Fabio Sofia. Il y a donc un extraordinaire rattrapage à entreprendre.»

Dans ce contexte, le «mobile banking» a connu un essor important ces dernières années qui n’est pas près de s’arrêter. Les infrastructures sont très faibles et les établissements bancaires sont situés tellement loin des habitations qu’il est difficile pour les individus de se rendre aux guichets pour effectuer des transactions. Ainsi, le taux d’abonnement à des services bancaires en ligne a crû très fortement.

La société kényane M-Pesa (M pour mobile et Pesa pour argent en langue swahili), affirmait, il y a un an, réaliser plus de 650 millions de dollars de transactions par mois. L’activité de M-Pesa a d’ailleurs bondi de 21,6% lors de sa clôture annuelle en mars 2014.

Et les nouveautés technologiques ne cessent de progresser. Depuis peu, les Africains peuvent aussi utiliser leurs téléphones portables pour renouveler leurs demandes de prêt. Si toutes les banques africaines développent leurs propres applications mobiles, toutes ne connaissent pas le succès de l’opérateur kényan.

«Si le taux de pénétration est fort, parfois poussé par des offres d’essai gratuites, il faut encore que celui-ci soit converti en taux d’utilisation réel», avertit le spécialiste de Symbiotics. 

La consommation s’amplifie

Le président américain Barack Obama, par la voix de sa secrétaire au commerce Penny Pritzker, qui s’est rendue récemment au Ghana et au Nigeria, affirme aussi que le continent regorge d’opportunités.

Il encourage vivement les entreprises américaines à y investir, notamment dans les secteurs de l’aviation, de la construction, de la santé, de l’agriculture et surtout de l’énergie et du commerce. Ce dernier secteur bénéficie de l’émergence d’une classe moyenne africaine. Si le niveau de pauvreté est toujours très élevé, les Nations Unies estiment que les Africains tendent à devenir des consommateurs de plus en plus actifs. Et surtout de plus en plus nombreux.

Selon la Banque mondiale, la croissance de l’Afrique sera fortement poussée par une consommation des ménages en hausse – la plus forte du monde – favorisant évidemment le secteur bancaire mais aussi la téléphonie mobile et tous les autres produits électroniques.  

Investir en Afrique, c’est rentable. C’est en quelques mots la conclusion d’une étude très détaillée du numéro trois mondial du conseil et de l’audit financier (après Price Waterhouse et Deloitte), le cabinet américain EY (anciennement Ernst & Young). Publiée en juin 2015, l’étude porte sur l’évolution du capital-investissement en Afrique entre 2007 et 2014. Ce document recense les opérations de « réalisation » ou de « sortie » d’investissements, c’est-à-dire de revente avec bénéfices de participations en capital, pour en retirer du cash.


Les grands acteurs du capital-investissement sur le continent sont des géants (Carlyle, Blackstone), mais aussi des entités plus modestes dédiées à l’Afrique (Amethis, Actis, Ethos, Abraaj), ainsi que des fonds souverains. 77 % des opérations de revente visent des participations minoritaires prises dans le capital d’entreprises africaines ou opérant en Afrique.

Les investissements des fonds se sont concentrés majoritairement dans trois régions sur la période 2011-2014 : bien sûr, l’Afrique du Sud (24 %), l’Afrique de l’Est (18 %) et, fait nouveau, l’Afrique de l’Ouest (25 %). Mais c’est en Afrique de l’Ouest et du Sud que les opérations de revente ont été les plus nombreuses.

La plus grosse transaction de ce type jamais enregistrée sur ce continent a été celle conclue en 2014 entre le capital investisseur Brait et le conglomérat Steinhoff (qui contrôle aussi le français Conforama) pour l’acquisition de l’un des plus gros groupes de distribution africain, le sud-africain Pepkor. Brait a revendu sa participation pour 5,7 milliards de dollars.

 

« La fourchette de retour sur investissement en Afrique est comprise entre 20 et 30 %, bien supérieure à celle observée en Amérique du Nord, note Ferid El Ketroussi. Cela indique clairement le pari positif que font les investisseurs sur l’économie africaine. »

Reste à savoir si un retour sur investissement aussi élevé, très profitable pour les fonds, l’est autant pour les Africains et leurs entreprises.

Comme quoi il faut parfois savoir aller plus loin que ce que l’on voit tous les jours dans les medias, il existe des opportunités à qui sait prêter oreille attentive à ce qui l’entoure. Une dédiabolisation de l’Afrique doit avoir lieu pour une croissance continue et des flux d’investissements réguliers.

Norman Sachs

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