Investir en Iran aujourd’hui

 

Quelques notions

La république Islamique d’Iran, est un des plus grands pays du Moyen-Orient, constitué de 1,6 millions de km2 et avec une population de 78 millions d’habitants. C’est actuellement un des plus gros marché de la région, relativement peu exploité; dû à l’embargo américain auquel il est soumis depuis la révolution de 1979, et plus récemment, les sanctions de l’Union Européenne depuis 2012 à propos de son programme nucléaire, jugé trop important pour ne parvenir qu’à des fins d’autonomie énergétique. Il figure aussi dans le top 10 des producteurs mondiaux de pétrole, occupant le 6ème rang en 2014, avec 3’375’000 bbl/jour. Autrement que du pétrole, le pays possède d’abondantes ressources de gaz naturel, 18,2% des réserves mondiales ; et enfin une industrie minière assez diversifiée, mais dont l’exploitation est contrôlée par le gouvernement qui possède 90% des entreprises extractrices.

Contexte macro-économique 

En décembre 2011, les Etats-Unis adoptent une loi leur permettant de mettre à l’amende toute banque étrangère contractant avec la Banque Centrale d’Iran, à moins que l’état où siège cette banque réduise de façon substantielle ses contrats d’import/export en matière d’énergie avec l’Iran. La réaction ne se fait pas attendre de l’autre côté de l’Atlantique. En janvier 2012, l’Union Européenne décide de bloquer le renouvellement des contrats avec l’Iran concernant les importations de pétrole. Ceux-ci étaient jusque-là renouvelés tous les 6 mois. Mais ce n’est pas tout : le commerce d’import/export de toute matière première, est stoppé net, et enfin, les avoirs de la banque centrale d’Iran à la Banque Centrale Européenne sont gelés. Ces mesures seront appliquées à partir de juillet de la même année. L’Iran se coupait dès lors d’un précieux partenaire commercial. Les chiffres de cette période parlent d’eux même, les exportations du pétrole iranien sont divisée par 2 ; ce qui n’est pas sans conséquences pour un pays dont les revenus pétroliers constituent seulement la moitié du PIB.

L’étau se referme sur l’économie iranienne, lorsque sur le marché des changes le rial subit une dévaluation sans précédent. Ce graphique issu d’un rapport du FMI sur l’économie iranienne datant de 2014, nous donne à titre d’exemple le taux de change dollar-rial.fmi

Si on se concentre en un premier temps sur le taux de change officiel pratiqué par le gouvernement, on peut constater une appréciation du dollar par rapport au rial (dépréciation du rial par rapport au dollar) relativement brusque en juillet 2013. Ce jour-là, le taux de change dollar rial est officiellement passé de 1$ pour 12260 rials à 1$ pour 23300 rials. En effet, sous les auspices de bonnes volontés économiques – comme redonner confiance aux acteurs en rapprochant le taux de change officiel avec celui du marché noir- que cette variation masque plusieurs problèmes.

Le premier étant que le système à taux de change fixe que pratique le gouvernement iranien, n’est pas viable. En effet, suite aux sanctions économiques contre l’Iran, les agents économiques faisant moins confiance en cette monnaie ont vendus leurs devises. Ainsi, le marché du rial s’est retrouvé submergé, affaiblissant la valeur du rial. En régime de changes flexibles, le taux de change s’ajuste automatiquement mais pas en régime à taux de change fixe. Par conséquent, lors d’une dévaluation d’une monnaie, la banque centrale de cet état doit puiser dans ses réserves de devises et les vendre afin de contrer la dévaluation de sa monnaie ; c’est ici le cas avec la banque centrale iranienne qui devait vendre ses devises en monnaie étrangère. Toutefois, les réserves de monnaie étrangère étant insuffisantes, le gouvernement a finalement dû dévaluer sa monnaie, n’ayant pu résister à cette attaque spéculative.            Certes, ces événements datent d’il y a deux ans, toutefois, le gouvernement iranien n’a pas changé sa politique de change fixe : le rial est donc par conséquent toujours susceptible d’être victime d’une attaque spéculative.

Enfin, il est important de souligner que ces variations du taux change sont d’autant plus dangereuses que le pays importe en grande partie des biens manufacturés, par conséquent, l’inflation est fortement corrélée avec les taux de change. Ce manque d’autonomie est un problème fondamental pour la population, qui se retrouve à la merci des variations du change. Ainsi, au plus fort de la tourmente des taux de change iraniens, l’inflation a atteint 44% en juillet 2013.inflation

Forces et faiblesses de l’économie iranienne aujourd’hui

Depuis septembre 2013, l’élection de Rohani a redonné du souffle à la croissance iranienne. Ceci est constatable tout d’abord par l’appréciation du rial sur le marché noir, qui ne cesse depuis l’élection de Rohani. Signe d’une reprise de confiance dans les agents économiques vis-à-vis de l’Iran. A titre d’exemple, le rial est redescendu à 31400 rials sur pour 1$ sur le marché noir fin juillet 2014.    Fait intéressant, la banque centrale iranienne entame le mouvement inverse et ne cesse de déprécier le taux de change officiel rial-dollar depuis fin 2013. On y discerne la volonté d’aligner le taux change réel (sur le marché noir) au taux de change officiel. Garantissant ainsi la crédibilité de la valeur du rial, mais aussi sa stabilité car réduisant ainsi les risques d’attaques spéculatives.

Mais il est encore un autre problème, d’ordre structurel. L’économie iranienne comme dit précédemment importe massivement des produits manufacturés. Le secteur industriel y est sous-exploité. Ceci est dû à l’histoire et la relation du pays par rapport à l’occident, réduisant ainsi les possibilités d’investissements étrangers. Pour l’heure, l’industrie pétro chimique est fournie en grande partie par les Emirats-Arabes Unis, qui sont d’ailleurs son premier fournisseur (19,3%). Viennent ensuite la Chine (13%), l’Allemagne, la France ; et, étonnamment, la Russie qui ne fournit que 4,2% des importations.    Ainsi, pour résorber cette carence, l’Iran a besoin d’investissements et de fonds étrangers. Le marché est colossal, à titre d’exemple, le constructeur automobile iranien Khodro, a annoncé augmenter sa production de 110% au premier trimestre de 2014.

L’Iran bénéficie cependant d’un atout démographique non-négligeable: la main d’œuvre. Le taux d’alphabétisation parmi les jeunes de 15 à 24 ans, est de 82% ; ce taux est à peu près le même pour les adultes : 84%. Ce qui est très élevé par rapport aux autres états du Moyen Orient. Force est de constater, qu’en terme de scolarisation, la révolution islamique de 79 a clairement été bénéfique, en imposant l’école obligatoire gratuite, objectif qu’elle a rempli. Enfin, en 2008, la part des étudiants parmi la population était de  6,5%, elle s’est accrue à 7,8% en 2013. Les chiffres du chômage eux par contre sont moins glorieux, officiellement, ils sont de l’ordre de 10%, mais à cela faut-il ajouter ceux qui travaillent moins de 16 h par semaine, ceux qui ont un emploi fictif, ou encore ceux qui ne cherchent même plus de travail et survivent grâce à l’économie informelle ; le taux de chômage tend alors vers les 40%. Mais encore une fois, ce chiffre est plutôt représentatif du manque de dynamique du marché du travail, auquel une ouverture aux marchés étrangers saurait en partie y remédier.

Est-il possible aujourd’hui d’investir en Iran ?

C’est une question à laquelle il est encore difficile de répondre, en raison du manque de cadre juridique. Il existe toujours le système du Buy-Back, implanté dans les années 1990. Un investisseur étranger peut financer un projet industriel, jusqu’à ce qu’il ait récupérer son investissement initial, le gouvernement rachète par la suite son projet, payant en plus un bénéfice prédéfini. Cet arrangement est un moyen efficace d’attirer du capital et du savoir-faire étranger, tout en n’affectant pas les importations. Actuellement, le gouvernement est en train de travailler sur la question et sur de nouveaux moyens de financement étranger. Mais on n’ouvre pas un marché hermétique de 30 ans en moins d’une année. Il faut laisser au laisser au temps le temps de construire les choses. Seule certitude pour le moment : le marché iranien est une pépite d’or enrobée d’un tissu islamique conservateur, qui ne pourra se déchirer que de l’intérieur.

Petit point culturel bonus: La république islamique d’Iran, n’est pas Sunnite mais chiite (90% de la population). La différence entre chiites et sunnites, provient du fait que pour les chiites, la gouvernance du califat suite à la mort du prophète revient à la lignée du cousin de Mahomet : Ali. Cette scission est la plus importante au sein de l’islam, et elle explique encore beaucoup de conflits aujourd’hui. En Iran, les chiites appartiennent à la branche des chiites duodécimains, c’est-à-dire qu’ils attendent le retour du cousin du prophète Ali sur terre, ils sont messianiques.

Joachim Bösch

Sources :

https://download.vikidia.org/vikidia/fr/images/thumb/9/9d/Aerial_View_of_Tehran_26.11.2008_04-35-03.JPG/260px-Aerial_View_of_Tehran_26.11.2008_04-35-03.JPG

https://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2014/cr1493.pdf

http://fr.tradingeconomics.com/iran/inflation-cpi

Diplomatie, No. 70

 

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