Krach boursier en Chine: défaillance d’un système autoritaire

  • Relation biaisée entre croissance économique et marché financier:

La croissance économique reste encore aujourd’hui l’indicateur principal de la situation économique d’un pays. Lorsqu’il y a de la croissance, il est normal que le marché financier suive la tendance. De même lorsque la croissance ralentit, le marché financier doit logiquement suivre une tendance baissière.

Le graphe ci-dessous représente l’indice composite de Shanghai (Shanghai Composite Index), qui est composé des plus grandes et des plus importantes entreprises publiques en Chine

Fig 1: Shanghai Composite Index

Lors de la phase de croissance (2005-2007), ainsi que lors de la récession de 2008, le marché a évolué de manière concordante à celles-ci.

Par contre si nous regardons la progression du marché en 2014, nous nous apercevons que cette évolution correspond à une période où la croissance économique chinoise diminuait. La relation entre croissance économique et marché financier est en effet biaisée.

La cause? Des citoyens chinois ordinaires achetant des actions avec de l’argent emprunté ou encore la spéculation!

 

  • Le levier en pourcent du flottant

Le levier correspond à de l’argent emprunté par un tiers, pour acheter des actions. Pourquoi par un tiers? Tiers n’est-il pas de trop? Le flottant lui, représente les actions disponibles pour le trading public. Le rapport des deux donne une indication sur le nombre de mouvements du marché boursier qui sont conduits par des gens utilisant de l’argent emprunté.

Le graphe ci-dessous montre le levier (margin debt) en pourcent du flottant (free float).

Fig 2: Margin debt as % of estimated free float

Jusqu’en 2010, le trading avec levier était largement régulé en Chine. Mais depuis 5 ans, les restrictions concernant cette pratique ont été largement assouplies. Naturellement, le trading avec levier est donc devenu de plus en plus pratiqué, jusqu’à 8.5% en mai 2015, dépassant largement les 2.5% environ des Etats-Unis.

Le trading avec levier a pour effet néfaste d’augmenter la volatilité du marché. De plus, la population chinoise a soudainement manifesté un intérêt massif pour le marché. Entre juin 2014 et mai 2015, plus de 40 millions de comptes de trading ont été ouverts par des gens ne possédant même pas de diplômes d’études secondaires. Leur argent a fait progresser le marché de plus de 150% en moins d’un an.

Début 2015, les dirigeants chinois ont pris peur, trouvant que les prix du marché montaient trop vite. Le gouvernement a donc recommencé à réguler de façon plus stricte le trading avec levier.

  • Le gouvernement n’arrive plus à contrôler le marché:

Le gouvernement chinois a mis en place plusieurs mesures jusqu’au 12 juin  dernier afin de calmer la folle ascension des marchés; puis trouvant que les marchés  baissaient trop vite, le gouvernement à fait machine arrière en assouplissant les régulations. La position du gouvernement chinois est plus qu’indécise, car il est fortement impliqué et a encouragé le trading avec levier. Mais son inaptitude à régler la situation et à contrôler les marchés est ce qui affole le plus la population locale, internationale, et par conséquent, les marchés eux-mêmes.

  • Ce n’est pas seulement un problème financier, c’est aussi un problème  économique:

Les efforts entrepris, uniquement focalisés sur le marché ne sont pas suffisants. En effet, le problème est bien plus important que le marché financier lui-même, le problème concerne toute l’économie chinoise.

Le modèle économique chinois est entièrement basé sur la demande externe et sur d’importants investissements internes.

Afin de favoriser la demande externe, ou autrement dit les exportations, le gouvernement chinois a usé et abusé des politiques monétaires. Dévaluant systématiquement le yuan par rapport au dollar ces dernières années, la Chine a continué d’exporter massivement afin de garder une croissance économique satisfaisante. La récession de 2008 était déjà un indice pour la Chine. Lorsque la demande internationale a commencé à chuter, il a fallu trouver des solutions. La population chinoise ne consommant pas assez pour créer la demande nécessaire au maintien de la croissance économique, la seule réponse fut la dévaluation du yuan. Par l’intermédiaire de cette politique monétaire ainsi que des banques appartenant à l’Etat et les collectivités locales, le gouvernement  a stimulé les exportations et les investissements internes. Le résultat a été la construction massive d’usines, d’autoroutes, d’aéroports, ou encore de complexes immobiliers. Beaucoup de ces investissements se sont révélés être complètement inutiles. La Chine est devenue célèbre pour sa profusion de stades vides, gratte-ciels, et même de villes inhabitées.

En refusant d’adapter le modèle économique en 2008, la Chine n’a pu résoudre le problème que temporairement, avec des moyens de moins en moins efficaces. Leur solution préférée, la dévaluation monétaire, s’est avérée dépourvue de tout bienfait lorsqu’elle a été utilisée cet été.

Mais quel est donc le problème du modèle économique chinois ?

Le PIB est composé de 4 éléments: les investissements, la consommation, les exportations nettes ainsi que les dépenses de l’Etat. Nous arrivons facilement à la conclusion que la portion d’investissements du PIB est trop importante par rapport aux trois autres composantes du le PIB chinois.  

Lorsqu’un pays se développe, son modèle économique doit évoluer. Il faut passer à un modèle de consommation basé sur l’augmentation des salaires, la productivité, l’efficacité et l’innovation. La Corée du Sud, le Japon, ou encore Taiwan ont déjà fait cette transition.

La Chine constitue le premier marché au monde. N’est-il pas logique que son modèle soit basé sur la consommation de ces citoyens? Encore une fois, les signes de la faible consommation chinoise sont déjà apparus en 2008…

Si le gouvernement chinois n’arrive pas à faire cette transition, il s’expose à une situation économique qui ne fera qu’empirer, mais surtout à des tensions sociales croissantes qui pourraient avoir de lourdes conséquences.

  • La politique communiste chinoise en péril:  

Le gouvernement chinois sait qu’il ne peut pas rester au pouvoir seulement grâce à la police, la censure et la propagande. D’un côté, il faut maintenir la croissance économique afin de garder les citoyens heureux. De l’autre côté, il faut ralentir la croissance afin de préserver une économie saine à long terme.

Pour être saine, l’économie chinoise doit être profondément restructurée. Cependant les dirigeants chinois semblent incapables ou peu disposés à effectuer ces changements. Ceci est dû au système politique à parti unique de la Chine: le gouvernement est incapable de réformer l’économie.  

Le modèle autoritaire chinois est basé sur une élite gouvernante largement investie dans le statu quo, ce qui empêche les fonctionnaires de faire les changements nécessaires afin de rétablir une économie performante.

Le problème est pointé du doigt depuis des années, par la communauté internationale mais aussi par des membres du parti communiste lui-même. Mais le gouvernement chinois a su se sortir de tellement de crises auparavant, donnant tord à tous ses détracteurs.

Le gouvernement arrivera-t-il à sortir de cette crise?

Les enjeux ici sont énormes. Peu après le massacre de Tiananmen en 1989, le gouvernement chinois a promis stabilité politique sur la base de croissance économique. Personne ne sait ce qui se passera si Pékin faillit à cette promesse implicite, mais les politiques chinois craignent le pire. Dans une démocratie, si les gens se sentent trahis par leur gouvernement, ils peuvent le destituer. Mais, dans une autocratie comme la Chine, le mécontentement populaire peut être bien plus dangereux.

Marc Zaidan

Sources:

Cover photo: https://fortunedotcom.files.wordpress.com/2015/07/gettyimages-479857598.jpg?quality=80&w=1024 

[Fig1]:http://www.marketwatch.com/investing/index/shcomp/chartssymb=CN%3ASHCOMP&countrycode=CN&time=13&startdate=1%2F4%2F1999&enddate=7%2F7%2F2015&freq=1&compidx=none&compind=none&comptemptext=Enter+Symbol%28s%29&comp=none&uf=7168&ma=1&maval=50&lf=1&lf2=4&lf3=0&type=2&size=2&style=1013 

[Fig 2]: http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-06-24/macquarie-chinese-margin-debt-has-much-much-more-room-to-run#media-3 

%d bloggers like this:
Skip to toolbar