La chute du pétrole n’est pas terminée

C’est la panique qui a frappé les marchés boursiers ce lundi, suite à l’échec des négociations des pays de l’OPEP qui s’étaient réunis ce dimanche à Doha. Le but de cette rencontre était d’obtenir un accord unanime concernant la décision de fixer la quantité d’offre à celle de février 2016. Projet mis en avant par l’Arabie Saoudite, membre le plus influent au sein de l’OPEP. Néanmoins, un élément imprévu est venu perturber les visions saoudiennes : la levée de l’embargo iranien.

Ce dernier, ennemi juré – autant au sens religieux qu’économique – pour les saoudiens, ne semble pas aussi docile qu’espéré. N’étant pas partisan du gel de la manne pétrolière, son représentant ne s’est même pas donné la peine de venir assister aux négociations ce dimanche. L’accord n’étant pas unanime, aucune décision n’a été prise. En effet, si certains membres jouent les mauvais élèves, ce seront des parts de marché perdues pour ceux qui décident d’augmenter leurs prix. Le mirage d’une hausse des prix dissipé, les marchés ont à nouveau ressenti la menace d’une chute des cours, raison pour laquelle leurs anticipations se sont vues sous la pression à la vente. L’événement était si retentissant que l’aversion au risque s’est faite ressentir au niveau mondial.

Le problème iranien

Le projet de l’Arabie Saoudite consistait à imposer un niveau d’output égal à celui de février de cette même année. Mais d’après les propos du ministre de l’énergie iranien “Si l’Iran gèle la production pétrolifère au niveau de février, cela signifierait qu’il ne peut pas bénéficier de la levée des sanctions”. Depuis l’ouverture partielle au commerce international en janvier 2016, l’Iran n’a absolument aucun intérêt à contraindre sa production pétrolière. En effet, cette dernière contribue à environ un quart du Pib et présente plus de 80% de ses exportations. C’est le troisième plus gros producteur après l’Arabie Saoudite et la Russie. La levée des sanctions début 2016 représentait donc l’aubaine tant attendue pour la république islamique. Par ailleurs, du point de vue iranien, l’Arabie Saoudite leur a « volé » des parts de marché suite à l’imposition de l’embargo en 2006.

Enfin, l’Arabie Saoudite avait jusqu’à présent ouvertement appelé à boycotter l’Iran et ses propositions lors des conseils de l’OPEP. Erreur stratégique, c’était sans compter que l’Iran se démêlerait plus rapidement que prévu de ses difficultés diplomatiques.

C’est donc pour ces motifs que le ministre Bijan Zanganeh s’est expliqué de la façon suivante : « Dans la mesure où il n’est pas prévu que l’Iran signe ce plan, la présence d’un représentant à cette réunion n’est pas nécessaire ».

Face à pareille insolence, l’Arabie Saoudite avait prévenu qu’en cas d’échec des négociations, elle serait prête à entamer une guerre des prix, de façon à forcer la main à son concurrent, jusqu’à ce qu’il s’aligne sur sa position. Mais en est-elle capable ?

Du point de vue saoudien

D’après les données, l’Arabie Saoudite sera plus apte à supporter une chute de prix par rapport à son rival. Son coût marginal et son coût moyen sont plus faibles en termes de baril de pétrole produit par jour.

Autre facteur déterminant, en cas de réelles difficultés financières, l’Arabie Saoudite dispose d’un fond de réserve créé en 2000. Ce dernier se monte à 700 milliards, ce qui lui donnera d’avantage de marge de manœuvre pour survivre à une période prolongée de ventes à pertes. La république islamique en revanche n’est qu’une économie naissante et reste encore fragile. Sa capacité à absorber les pertes d’un secteur représentant un quart de son PIB fait réfléchir.

Toutefois, dans la problématique des prix du pétrole, reste une question de taille. Pourquoi l’Arabie souhaite-t-elle rehausser les prix maintenant ?

Plusieurs réponses sont possibles. La première, la plus logique, consiste à augmenter sa marge face à une élasticité prix faible. Toutefois, cette caractéristique a toujours été constante à travers le temps et ne semble pas justifier la question temporelle. Il faut néanmoins considérer que jusqu’à présent, l’Arabie Saoudite vendait à perte, tout comme l’Iran, et tout comme les autres pays de l’OPEP. En janvier, le baril de pétrole a touché le plancher des 28,8$/bbl, jamais vu depuis 13 ans. Plus généralement, des prix en dessous de 40 $/bbl ne sont soutenables pour aucun des producteur. Il faut toutefois rappeler que c’était l’Arabie Saoudite qui avait initialement lancé la guerre des prix. Afin de tenir tête au pétrole de schiste, elle avait encouragé les pays de l’OPEP à ouvrir les mannes de façon à submerger le marché.

Par la loi de l’offre et de la demande, le prix du baril a chuté. Le prix d’extraction du pétrole de schiste s’était alors révélé hors compétition, et les projets non-rentables. Il semble avoir fallu deux ans pour mener cette stratégie à terme. A présent, les projets à l’écologie controversée sont dans l’oubli.

Cette dernière pourrait donc être la seule raison qui justifierait la hausse des prix souhaitée par les saoudiens.

Et les autres ?

Concernant les autres économies, les conséquences d’un tel choc dépendent de s’ils sont  exportatrices ou importatrices.

Une baisse des prix du baril fera le bonheur des pays importateurs, car assimilé à un coût. Pour les ménages, cela signifiera d’avantage de revenu disponible à la consommation ; Même raisonnement pour les entreprises. Même raisonnement pour les entreprises qui utilisent pétrole pour produire, cela correspond à des coûts en moins.

En revanche, c’est la déception pour les pays exportateurs, qui voient leurs revenus s’amoindrir. Toutefois, certains supportent cette baisse mieux que d’autres. Le seuil de rentabilité étant différent pour les pays de l’OPEP, il est clair que les plus gros producteurs pourront bénéficier d’économies d’échelles plus larges.

Par économies d’échelles, il faut comprendre la répartition des coûts fixes dans le coût moyen à mesure que la quantité produite augmente.

Explication

Pour une quantité produite faible, les coûts fixes auront une part importante dans le coût moyen. Plus l’output augmente, plus ces coûts fixes sont répartis et plus ils représentent une part faible dans le coût moyen. A prix constant, c’est la marge qui augmente plus on produit. C’est ce dont profitent les plus gros producteurs ; En revanche, pour les plus petits producteurs, les faibles quantités vendues ne leur permettront pas de bénéficier d’économies d’échelles, car la part des coûts fixes dans le coût total sera importante, donc ils auront moins de marge par rapport à leur prix de vente.

Si le prix de vente diminue, il y a plus de probabilité qu’ils vendent à perte, comparé aux autres producteurs. Or, leur capacité à résister est souvent réduite, car ce sont pour la plupart des pays en voie de développement, qui n’ont pas encore entièrement amorcé leur tournant industriel. Comme l’Angola par exemple, deuxième producteur d’or noir d’Afrique, s’est vue contrainte de demander de l’aide au FMI en vue de « renforcer sa discipline budgétaire ».

Profiter de cette chute de prix ?

A moyen terme, le baril est extrêmement volatil, enregistrant par exemple des variations de 250 % entre juin 2014 et fin 2008. Néanmoins, il faut savoir que le pétrole présente l’inconvénient d’être une marchandise. Contrairement à des actions, échanger des marchandises à la bourse revient toujours au même principe, acheter et vendre des contrats à terme, peu importe que l’on achète un tracker ou n’importe quel type d’option. Par contrat à terme, il faut comprendre un contrat qui se termine chaque mois, que l’on peut exercer, ou pas. On pourra alors recevoir nos 30 millions de barils et les stocker dans notre jardin. A l’inverse, on peut aussi prolonger le contrat au mois suivant. Prolonger le contrat au mois suivant revient en quelques sortes à vendre le contrat que l’on possède et en racheter un pour le mois suivant, toujours avec le même prix d’exercice. C’est le processus du « roll yield » : se donner plus de libertés en étalant le contrat à plus long terme si l’on anticipe un profit à plus long terme que ce mois-ci. Le problème survient du fait que vendre un contrat et en racheter un autre a un coût : le « roll yield cost ». C’est pourquoi chercher à faire du profit à moyen long terme sur des marchandises, des denrées, des métaux précieux, se révèle périlleux puisque fort coûteux Les coûts de prolongation de contrat seront importants et il sera donc nécessaire d’avoir une très grosse marge pour les combler.

C’est pourquoi anticiper une hausse des prix du  pétrole dans 2 ans et demi est une stratégie d’investissement moins fructueuse qu’on pourrait le penser.

Conclusion : quand investir ?

D’après le rapport de la National Energy Agency, les prix du pétrole ne devraient remonter qu’à partir de 2017. Si une guerre de prix susceptible d’éclater entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, il reste encore à en observer les effets avant d’entamer définitivement une stratégie d’investissement. Néanmoins, une concurrence au sein de l’OPEP risque d’être d’autant plus dévastatrice qu’elle ne l’était face à un concurrent externe qu’était le gaz de schiste.

Sources :

Rapport IEA Mars 2016 : http://www.iea.org/Textbase/npsum/MTOMR2016sum.pdf

http://www.boursier.com

http://www.capital.fr

http://investopedia.com

http://www.challenges.fr

http://www.bbc.com/news/business

http://www.lexpress.fr

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