Les chroniques de la dette

Cela fait bientôt dix ans que nous avons vécu la crise des “”subprime” aux Etats-Unis. Six ans que la Grèce dans sa chute, a entrainé la crise de l’euro. Le point commun de ces deux épisodes: une accumulation rapide de la dette, suivie d’une rupture. Un troisième épisode des chroniques de la dette est en cours. Cette fois, cela se passe dans les marchés émergents.

Une crise de la dette dans les marchés émergents n’est rien de nouveau. Les marchés émergents d’aujourd’hui ont des taux de change bien plus souples, des réserves bien plus grandes ainsi qu’une plus petite partie de leur dette dans des monnaies étrangères. Cependant, la rupture affectera la croissance de manière significative, contrairement à ce que les gens pensent. Ceci affaiblira l’économie mondiale, malgré la hausse des taux d’intérêts de la FED.

Le cycle de la dette

Dans chacun des épisodes de cette trilogie de la dette, le cycle a commencé de la même façon, grâce à une arrivée massive de capitaux étrangers. Ceux-ci ont provoqué la baisse des taux d’intérêts et ont stimulé la croissance du crédit.

Les États-Unis étant le réceptacle de la surabondance des épargnes mondiales, dont l’Asie et les monarchies arabes, ont permis la création des subprimes dans le marché immobilier. Dans la zone euro, les allemands, connus pour être économes, ont aidé à financer les booms de l’immobilier en Irlande, ainsi que les dépenses publiques en Grèce.

Quand ces bulles touchant les marchés développés ont explosé, les taux d’intérêts ont chuté de façon historique, mais surtout, les flux de capitaux ont changé de direction. L’argent quittait les pays riches, pour aller vers les pays pauvres. Théoriquement une telle allocations de capital était logique et aurait dû être bénéfique. Cependant, les résultats obtenus ont été désastreux. Dans l’ensemble, la dette des marchés émergents a augmenté de 150 % du PIB en 2009 à 195% . La dette des entreprises a bondi de moins de 50 % du PIB en 2008 à près de 75 % . Le ratio Dette- PIB de la Chine a augmenté de près de 50 points de pourcentage au cours des quatre dernières années. L’écart entre la théorie et la réalité peu être expliqué par deux facteurs:

  • Trop d’emprunts trop rapidement
  • Beaucoup de dettes prises par des entreprises afin de financer des projets imprudents ou d’acheter des actifs surévalués.

Aujourd’hui aussi, ce boom arrive à une fin. Le ralentissement de la croissance chinoise ainsi que le bas prix des commodités ont assombrit les attentes. Même un dollar plus fort et l’approche de taux d’intérêts américains plus élevés – qui entraveraient la surabondance de capital pas cher – ne suffisent pas à améliorer les prévisions. De façon générale, les cycles de dettes peuvent mener à deux types de scénarios: certains cycles finissent par une crise et une récession, comme la crise des subprimes ou celle de la zone euro, mentionnées ci-dessus. D’autres cycles pour seule conséquence un ralentissement de la croissance, du au fait que les emprunteurs arrêtent de dépenser et les prêteurs cherchent à être couverts.

L’ampleur du boom du crédit dans les marchés émergents laisse présager que ses conséquences seront profondes. Dans les pays où l’endettement du secteur privé a augmenté de plus de 20% du PIB, le rythme de croissance du PIB ralentit en moyenne de près de trois points de pourcentage après le pic d’emprunt. Cependant, afin de comprendre l’ampleur des dégats, il faut prendre en compte les facteurs locaux ou l’ampleur de l’ajustement des taux de change qui a déjà eu lieu à la taille des réserves des pays.

La majorité des économies de marchés émergents peut être divisée en trois groupes; le boom du crédit sera:

        1. Suivi d’une longue période difficile, mais pas insurmontable.

Les pays concernés sont la Corée du Sud, Singapour, et la Chine.

Ils peuvent  encore compter sur des mesures défensives empêchant l’exode des capitaux.

Il y a un énorme excédent du compte courant. Ses réserves de change s’élèvent  à 3,5 milliards de dollars en Octobre, environ trois fois plus que la dette extérieure. Les décideurs politiques ont la possibilité de renflouer les emprunteurs, et n’ont pas l’air de tolérer les défauts. Les entreprises qui doivent aller à la faillite se suivent, les bilans des banques sont remplis de prêts manqués et la capacité excédentaire dans des secteurs comme l’acier conduit au dumping (définition: https://fr.wikipedia.org/wiki/Dumping) ailleurs. Tout cela sape la croissance, mais permet également d’éviter la menace d’une crise grave.

        2. Suivi d’une crise grave.

Ce sont des pays qui n’ont pas les mêmes moyens que les pays de la première catégorie, à renflouer les emprunteurs imprudents ou qui n’arrivent pas à se protéger contre l’évasion du capital. Le marché brésilien des obligations de société a augmenté de 12 fois depuis 2007. Le déficit de son compte courant signifie qu’il dépend de capitaux étrangers. Cependant, la paralysie politique et l’inflexibilité fiscale du Brésil, ne permettent pas de rassurer les investisseurs. En Malaysie, les banques ont beaucoup de passifs étrangers. De plus, les ménages malaysiens on le ratio de la dette au revenu le plus élevé de tout les grands marchés émergents. Les réserves changes sont faible et l’excédent de son compte courant devrait diminuer. La Turquie, elle, combine déficit du compte courant, forte inflation et des dettes libellées en monnaie étrangères qui sont devenues plus chère avec la baisse de la livre.

        3. Pas de conséquences sérieuses ou bien les pays concernés ont déjà connu pire.

Parmi les plus grandes économies, l’Inde jouit d’une situation économique bien plus saine que toute autre grande économie émergente. La Russie pourrait bel et bien surpasser les attentes: le rouble a déjà subit un ajustement plus important que toutes les autres grandes monnaies, et l’économie montre des signes de réponses. L’Argentine avec un peu de dette privée, pourrait se révéler être plus qu’un éternel flop si un réformiste gagne la présidence ce mois-ci.

Tout suggère une autre année blême pour l’économie mondiale. Le FMI prévoit une croissance plus forte dans les marchés émergents l’an prochain. Mais si une leçon peut être tirée des cycles de la dette précedents, une année supplémentaire de ralentissement économique est plus probable. Les marchés émergents, qui représentent plus de la moitié de l’économie mondiale (en termes de parité de pouvoir d’achat). En conséquence la fragilité de ces derniers a un impact beaucoup plus marqué que par le passé. Une croissance plus faible dans les marchés émergents affecte les profits des multinationales et les flux de trésorerie des exportateurs. La faiblesse des prix des commodités aident les importateurs de pétrole, mais fait monter la pression sur mineurs endettés, foreurs et les traders, qui ensemble doivent autour de trois billions de dollars.

A quand un quatrième volume?

L’économie ouverte de l’Europe est la plus vulnérable à une baisse de la demande des marchés émergents. C’est pour cette raison qu’un assouplissement monétaire semble probable dans la zone euro. Le dilemme concernant la politique américaine lui, est plus délicat.  La divergence de politique monétaire entre les États-Unis et le reste du monde va mettre une pression croissante sur le dollar. Ceci va mener à mal les exportations et les revenus. Les vagues de capitaux pourraient à nouveau chercher le consommateur américain comme l’emprunteur de choix. Si tel est le cas, la crise de la dette dans le monde peut se retrouver de retour à la case départ.

 

source:

http://www.contrepoints.org/2012/10/27/102245-dette-cachee-le-monstre-invisible

Marc Zaidan

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